Le Boswellia sacra est-il menacé ? Ce que disent les dernières études

La phrase circule depuis une dizaine d'années, reprise d'article en article : l'arbre à encens serait en voie de disparition, la production s'effondrerait de moitié en vingt ans. Elle a le mérite d'alerter. Elle a le défaut d'être plus simple que ce que montrent les relevés.
Nous vendons cette résine. Il nous semble normal de dire ce qu'on sait de l'état de l'arbre qui la produit, y compris quand ce qu'on sait ne va pas dans le sens du récit le plus vendeur.
D'où vient l'alerte
Le signal d'alarme le plus repris vient de travaux menés en Éthiopie sur Boswellia papyrifera, une espèce voisine mais distincte, qui fournit l'essentiel de l'encens exporté depuis la Corne de l'Afrique. Une étude publiée dans Nature Sustainability en 2019 y décrivait des populations vieillissantes, presque sans jeunes pousses, et projetait un effondrement de la production dans les décennies à venir.
Ces résultats sont solides. Ils portent sur une autre espèce, dans un autre pays, avec d'autres pressions : agriculture, feux, conflits armés. Le raccourci consistant à les transposer tels quels au Boswellia sacra d'Oman est commode, il n'est pas fondé.
Ce qu'on a mesuré à Oman
Une évaluation rapide de conservation publiée en 2025 dans le Journal of Arid Environments a porté sur les populations omanaises de Boswellia sacra. Son titre même annonce la couleur : elle révèle des schémas de menace et de population complexes.
Complexes, c'est-à-dire hétérogènes. Certains peuplements se portent bien, avec une structure d'âges normale et des jeunes plants présents. D'autres ne se renouvellent plus du tout : des adultes, parfois centenaires, et rien en dessous. La différence ne tient pas au climat, qui est le même, mais à ce qui se passe au sol.
Une seconde étude parue la même année s'est intéressée à l'effet croisé des pratiques de récolte et des zones agroécologiques sur la durabilité de l'espèce. Elle confirme que tout ne se joue pas au même endroit : un arbre saigné modestement dans un vallon protégé n'a rien à voir avec un arbre saigné intensivement sur un versant piétiné.
Les trois pressions réelles
Le pâturage, en premier
C'est le facteur le plus constamment identifié, et le moins spectaculaire. Les chameaux et les chèvres mangent les jeunes pousses. Un arbre adulte survit très bien à un troupeau ; une pousse de trente centimètres, non. Là où la pression de pâturage est forte, la population ne se renouvelle plus, et cela ne se voit pas avant plusieurs décennies.
Le surchaîblement
Saigner un arbre est une opération mesurée. Trop d'incisions, trop rapprochées, trop profondes, et l'arbre épuise ses réserves : il produit une résine plus pauvre, forme moins de graines, et celles qu'il forme germent moins bien. La pression du marché international pousse dans ce sens depuis vingt ans.
Le climat et les insectes
Sécheresses répétées, irrégularité du Kharif, attaques de longicornes sur les arbres affaiblis. Ces facteurs aggravent, ils sont rarement premiers.
Ce que cela change concrètement
L'espèce n'est pas au bord de l'extinction à Oman. Elle est inégalement menée, et ce qui la menace le plus n'est pas la récolte en elle-même mais la combinaison d'une récolte trop intense et d'un sol où rien ne peut plus repousser.
Cela rend la question traçable. Un arbre saigné selon un rythme coutumier, sur une parcelle où les troupeaux ne passent pas, produit de la résine indéfiniment. Ce n'est pas une affaire de label, c'est une affaire de qui récolte, où, et à quelle cadence.
Un signe indirect, à la portée de n'importe quel acheteur : une résine systématiquement disponible en très grande quantité, à très bas prix, toute l'année, ne peut pas venir d'une récolte mesurée. La saison de récolte est courte, les volumes sont limités, et cela se voit sur les prix.
Ce que nous faisons, et ce que nous ne pouvons pas garantir
Notre résine d'oliban vient du Dhofar et passe par un tri manuel. Nous achetons en volumes réduits, ce qui est une contrainte commerciale autant qu'un choix.
Ce que nous ne pouvons pas affirmer : qu'aucun des arbres concernés n'a jamais été sur-saigné. La chaîne de récolte omanaise repose sur des droits d'usage familiaux et des intermédiaires locaux, et personne, à notre connaissance, ne dispose aujourd'hui d'une traçabilité arbre par arbre. Prétendre le contraire serait plus confortable et moins exact.
Sur ce que cette région a représenté pendant deux mille ans, nous racontons l'histoire longue dans la route de l'encens.
Questions fréquentes
Le Boswellia sacra est-il une espèce protégée ?
Il ne figure pas aux annexes de la CITES. Certaines populations omanaises sont protégées localement, notamment le site de Wadi Dawkah, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
La récolte tue-t-elle l'arbre ?
Non, quand elle est mesurée. L'incision cicatrise et l'arbre produit pendant des décennies. C'est la répétition excessive des entailles qui l'épuise.
Faut-il arrêter d'acheter de l'encens ?
La récolte fait vivre des familles du Dhofar depuis des générations, et un arbre qui n'a plus de valeur économique est un arbre qu'on ne protège plus. La question utile porte sur la cadence et l'origine, pas sur le principe.
Quelle différence entre Boswellia sacra et Boswellia papyrifera ?
Deux espèces distinctes. Sacra pousse à Oman, au Yémen et en Somalie ; papyrifera en Éthiopie, en Érythrée et au Soudan. Les résines diffèrent, et l'état de conservation aussi.
Existe-t-il un label pour l'encens durable ?
Aucun label reconnu ne couvre spécifiquement la filière. Les mentions de durabilité vues sur les emballages relient généralement des engagements de vendeur, pas des certifications indépendantes.


