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Faire ses pastilles d'encens à l'oliban

Il y a deux façons de brûler de la résine. La poser telle quelle sur une braise, et c'est déjà beaucoup. Ou la moudre, la lier, la rouler en pastilles, attendre une semaine, et brûler quelque chose qu'on a fait soi-même.

La seconde demande deux matières et un peu de patience, rien d'autre. Une résine pour l'odeur, une gomme pour la tenir. C'est tout ce qu'il y a dans un encens maison, et c'est déjà ce que faisaient les temples égyptiens.

Deux matières, et pourquoi elles vont ensemble

L'oliban est une gomme-résine. Le mot est long et on n'en retient jamais que la seconde moitié, alors qu'il dit exactement ce qu'il y a dans la larme : environ deux tiers de résine, qui se dissout dans l'huile et l'alcool, et près d'un tiers de gomme, qui ne se dissout que dans l'eau. Faites macérer de l'oliban dans une huile chaude et vous verrez la chose se séparer sous vos yeux : l'huile se colore, et au fond reste un dépôt pâle. Ce dépôt est la gomme.

La gomme arabique, elle, est cette même famille de matière, récoltée seule. C'est la sève séchée de l'acacia du Sahel, incisée à la main en Mauritanie, triée en fragments ambrés qu'on dirait taillés dans du sucre candi. Mise dans l'eau, elle disparaît sans odeur et laisse un liquide épais qui colle. C'est tout ce qu'on lui demande.

De sorte que faire une pastille d'encens revient à refaire, à la main et avec deux sachets, ce que l'arbre fait tout seul dans son écorce.

D'où vient la pastille

Ce n'est pas une trouvaille récente. La forme la plus ancienne d'encens composé qu'on connaisse est exactement celle-là : des résines broyées, liées, roulées en petites boules, séchées, puis posées sur une braise.

Les Égyptiens l'appelaient kyphi, ou kapet. Les recettes en ont été gravées sur les murs du temple d'Edfou, et reprises à Philae. Celle d'Edfou compte seize ingrédients : on les broie ensemble, on les laisse cinq jours dans du vin, on fait bouillir, et on roule le tout en pastilles à brûler. Le liant était le miel et le vin. Le nôtre sera de l'eau et de la gomme, ce qui revient au même geste avec beaucoup moins de patience.

Plutarque, qui avait lu les textes égyptiens et les a racontés aux Grecs, note que les temples brûlaient trois matières à trois moments : l'oliban au lever du jour, la myrrhe à midi, le kyphi au crépuscule. On ignore si c'était une règle stricte ou un usage. On sait que la journée avait trois odeurs, et qu'on les distinguait. Sur ce que l'oliban a représenté pour ces cultures, nous avons écrit ailleurs, dans la signification spirituelle et culturelle de l'encens d'oliban.

Il faut en retenir une chose pour la suite. La pastille n'est pas une version rudimentaire du bâtonnet. C'est l'inverse : le bâtonnet est venu longtemps après, avec la poudre de bois qui permet de se passer de braise et qui, au passage, ajoute sa propre odeur à celle qu'on voulait sentir.

Moudre la résine sans empâter le moulin

La résine d'oliban à température de la pièce est un peu tendre. Sous la lame elle s'écrase, elle chauffe, elle colle aux parois et le moulin s'arrête. La parade tient en une phrase : passez la résine trente minutes au congélateur avant de la moudre. Froide, elle devient cassante et éclate net.

Moulez par impulsions courtes, quelques secondes à la fois, en secouant le bol entre deux. Si le moulin tiédit, arrêtez et remettez tout au froid. On cherche une poudre, pas une farine impalpable : quelques grains un peu plus gros ne gênent en rien et se sentent à la combustion.

Réveiller la gomme

La gomme arabique se dissout dans l'eau froide, lentement. Une demi-cuillerée à café dans deux cuillerées d'eau tiède, remuée de temps en temps, prend une heure à devenir un sirop clair. On peut la laisser une nuit et ne plus y penser, c'est même plus simple.

Il en faut peu. Trop de gomme et la pastille devient dure comme un caillou et sent le sucre brûlé quand elle chauffe. La bonne proportion se juge à la main plutôt qu'à la balance : le sirop doit mouiller la poudre, pas la noyer.

Façonner, puis attendre

Versez le sirop sur la poudre en trois fois, en mélangeant à la cuillère puis aux doigts. La pâte est prête quand elle tient en boule sans laisser de trace sur la paume. Trop humide, elle s'affaisse au séchage ; trop sèche, elle s'effrite dès qu'on la roule.

Formez des pastilles de la taille d'une pièce, ou des petits cônes si le cœur vous en dit. Posez-les sur un papier, dans un endroit aéré, à l'abri du soleil. Et laissez-les. Une semaine si l'air est sec, deux s'il ne l'est pas. Retournez-les à mi-parcours. C'est la seule partie de ce geste qu'on ne peut pas presser, et c'est celle qui décide de tout : une pastille encore humide au cœur fume mal et s'éteint.

Brûler

Ces pastilles ne s'allument pas seules, et c'est voulu. Un encens qui s'allume à lui seul contient une poudre de bois combustible qui brûle en même temps que le parfum et met sa propre odeur par-dessus. Ici il n'y a que la résine. Elle demande donc une braise sous elle, comme un bakhour.

Un charbon allumé jusqu'à ce qu'il grisonne, une pastille posée dessus, et la fumée monte lentement. Ne posez pas la pastille sur un charbon encore rouge vif : elle se consumerait d'un coup en laissant une note âcre. La bonne braise est celle qu'on peut regarder sans cligner des yeux.

Choisir ses résines

L'oliban seul donne une fumée claire, presque citronnée à la première minute, plus poivrée quand la pastille a chauffé. C'est une base, ce n'est pas une fin. La qualité de la larme s'entend d'ailleurs à la combustion plus qu'elle ne se voit dans le sachet : une résine triée fume droit et longtemps, une résine chargée de poussière et d'écorce part vite et laisse une amertume.

Ce qui l'approfondit, c'est le bois. Quelques éclats d'oud, brisés au mortier plutôt que réduits en poudre, changent la tenue autant que l'odeur. Le bois ne fond pas, il se consume : une pastille faite de résine seule bulle sur la braise, puis vire à l'âcre quand elle a fini de fondre, alors que quelques éclats de bois lui donnent une charpente et la fumée s'installe.

Ce qui l'adoucit, c'est le benjoin, qui sucre et arrondit les angles. La myrrhe fait l'inverse : elle assombrit, elle amertume un peu, elle donne du fond. Ni l'un ni l'autre ne sont chez nous en ce moment, mais ce sont les compagnons classiques de l'oliban et ils se trouvent sans peine.

Une seule règle, et elle vaut pour toutes les compositions : un tiers au maximum de la matière nouvelle, deux tiers d'oliban. Au-delà, ce n'est plus une pastille d'oliban, c'est autre chose, et souvent quelque chose de confus. Notez ce que vous faites, en grammes, sur un bout de papier collé sur la boîte. Une fournée réussie qu'on ne sait pas refaire est une fournée perdue.

Ce qu'on obtient

Au bout d'une semaine, ce qui sort du plateau ne ressemble pas à ce qu'on achète. Les pastilles sont irrégulières. Certaines ont séché plus vite que d'autres selon l'endroit où elles étaient posées, et cela se voit à la couleur. Elles fument moins droit qu'un bâtonnet.

Elles sentent en revanche exactement ce que vous avez décidé d'y mettre, et vous savez de quoi elles sont faites. Pour une matière qu'on brûle chez soi, dans une pièce fermée, ce n'est pas rien.

Les deux matières de cette recette existent ensemble dans le coffret La fumée, ou séparément si vous n'avez besoin que de l'une des deux.

Questions fréquentes

Peut-on faire des cônes qui s'allument seuls ?

Pas avec ces deux matières. Un cône autocombustible demande une poudre de bois, du makko ou du tabu no ki, qui brûle en entraînant le parfum. La résine seule fond et s'étouffe. Les pastilles décrites ici sont faites pour le charbon.

Peut-on remplacer la gomme arabique ?

La gomme adragante fait le même travail et lie un peu plus fort. Le miel lie aussi, mais il rallonge beaucoup le séchage et sucre l'odeur à la combustion. Le liant n'est pas là pour parfumer.

Combien de temps se gardent-elles ?

Plusieurs mois dans une boîte fermée, à l'abri de la lumière. Elles sèchent encore un peu avec le temps et n'en brûlent que mieux.

Peut-on y ajouter d'autres résines ?

Oui, et c'est là que ça devient intéressant. Le benjoin adoucit et sucre, le copeau d'oud approfondit, la myrrhe assombrit. Commencez par un tiers de la nouvelle matière, pas davantage, et notez ce que vous faites.

Pourquoi la pastille noircit-elle le charbon ?

C'est la résine qui fond avant de fumer, et c'est normal. Un charbon trop vif accélère le phénomène et donne une odeur brûlée. Attendez qu'il soit cendré.