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Mâcher de l'oliban : l'usage le plus ancien et le moins connu

Larmes d'oliban d'Oman, Boswellia sacra, sur lin brut — Real & Roots

On connaît l'oliban par sa fumée. C'est par là que presque tout le monde y vient, et c'est déjà beaucoup. Mais dans le Dhofar, et sur toute la péninsule arabique, la larme sert aussi à autre chose, et cet usage est probablement plus ancien que la braise : on la met en bouche.

Le geste surprend en France. Il n'a rien d'exotique là-bas. On l'achète au souk de Salalah par poignées, on en garde quelques larmes dans une poche de sac, on en offre comme on offrirait un bonbon à la menthe. Il faut savoir ce qu'on mâche, et toutes les résines ne s'y prêtent pas.

Ce qu'on mâche exactement

L'oliban est une gomme-résine. Environ deux tiers de résine, qui ne se dissout ni dans l'eau ni dans la salive, et près d'un tiers de gomme, qui elle se dissout. Quand on met une larme en bouche, c'est la partie gomme qui part la première, en quelques minutes, avec un goût amer et citronné qui étonne toujours au début. Ce qui reste ensuite, et qui reste longtemps, est la résine : un noyau blanchâtre, opaque, souple, qui se comporte exactement comme une gomme à mâcher.

La transformation est visible. La larme entre en bouche dorée, translucide, dure sous la dent. Elle en ressort blanche et élastique. Ce n'est pas un défaut ni une altération, c'est la gomme qui a quitté la résine, et c'est le même phénomène que celui qu'on observe en faisant macérer de l'oliban dans une huile chaude, où un dépôt pâle finit par tomber au fond.

Un usage documenté, du Dhofar au Golfe

Mâcher la résine n'est pas une curiosité moderne. C'est un usage domestique continu, transmis dans les familles, et il est attesté aussi bien à Oman qu'au Yémen, en Somalie, en Arabie Saoudite et dans une partie de la Corne de l'Afrique. On le retrouve sous des noms différents selon les langues, avec le même geste au bout.

Trois raisons y reviennent, toujours les mêmes, quel que soit le pays. L'haleine, d'abord : la résine laisse en bouche une amertume résineuse qui tient longtemps. Les gencives ensuite, la mastication d'une matière ferme les faisant travailler. Et la faim enfin, l'oliban étant traditionnellement gardé en bouche pendant les longues journées de marche ou de jeûne.

C'est un usage populaire, pas une pharmacopée. Il vaut ce que valent les usages populaires : une observation longue, répétée, mais jamais mesurée. Sur ce que l'oliban a représenté par ailleurs dans ces cultures, nous avons écrit ailleurs, dans la signification spirituelle et culturelle de l'encens d'oliban.

Ce que la recherche en dit, et ce qu'elle n'en dit pas

Il existe quelques travaux, peu nombreux, portant précisément sur la mastication de la résine. Une étude conduite à l'université de Taïf, en Arabie Saoudite, a comparé la flore bactérienne buccale de volontaires avant et après mastication de Boswellia sacra, et a relevé une baisse du nombre de colonies bactériennes prélevées dans la cavité buccale. D'autres travaux plus récents ont exploré l'effet de gommes à mâcher enrichies en oliban sur les streptocoques oraux et l'inflammation gingivale.

Ces résultats vont dans le sens de l'usage traditionnel. Ils ne le démontrent pas. Les échantillons sont petits, les protocoles hétérogènes, et aucun de ces travaux ne permet d'affirmer que mâcher de l'oliban soigne quoi que ce soit. Ce qu'on peut dire honnêtement tient en une phrase : la résine contient des composés dont l'activité antibactérienne est documentée en laboratoire, et quelques études suggèrent qu'une partie de cette activité se retrouve en bouche. C'est un faisceau, pas une preuve.

Une précision qui a son importance. L'oliban à mâcher n'est pas un complément alimentaire, et il ne relève pas des extraits standardisés de Boswellia serrata qu'on trouve en gélules, lesquels concentrent des acides boswelliques à des doses sans rapport avec ce qu'on avale en mâchant une larme. Les deux sujets sont souvent mélangés sur internet. Ils n'ont presque rien à voir.

Quelle résine peut se mâcher

Toutes ne le peuvent pas, et c'est le point le plus important de cet article.

Une résine destinée à la bouche doit être propre. Pas de poussière, pas d'éclats d'écorce, pas de sable, pas de fragments d'insectes, toutes choses parfaitement tolérables dans une résine à brûler et qui ne le sont plus du tout ici. Elle doit venir d'un tri manuel, pas d'un fond de sac. Elle ne doit être ni teintée ni parfumée après récolte, deux pratiques courantes sur les marchés d'export.

Les qualités claires, appelées Alba ou Hojari selon les nomenclatures, sont celles qu'on réserve traditionnellement à cet usage, parce que ce sont les larmes les plus pures et les mieux triées. Une résine ambrée ou brune n'est pas mauvaise, elle est simplement moins triée, ou récoltée plus bas dans la saison.

Notre résine d'oliban d'Oman vient du Dhofar et arrive triée à la main. Pour savoir reconnaître une larme correcte de manière générale, y compris hors de chez nous, nous avons détaillé les signes dans comment reconnaître un vrai oliban.

Comment on s'y prend

Une larme de la taille d'un petit pois suffit. Rincez-la rapidement à l'eau claire, c'est un geste de bon sens pour une matière récoltée sur un tronc et transportée en sac.

Les premières secondes sont dures. La résine froide résiste à la dent, et il ne faut pas forcer : gardez-la simplement en bouche une minute, la chaleur suffit à l'assouplir. Elle devient alors friable, puis pâteuse, puis franchement élastique. C'est à ce moment que le goût arrive, amer, citronné, un peu poivré, assez éloigné de ce que la fumée laisse imaginer.

La gomme part en cinq à dix minutes. Le noyau de résine, lui, tient aussi longtemps qu'on veut le garder. On le recrache, on ne l'avale pas.

Précautions

Le bon sens s'applique. Cet usage n'est pas conseillé aux femmes enceintes ou allaitantes, ni aux jeunes enfants, chez qui la larme représente en plus un risque d'étouffement. Une résine dure peut fatiguer une dent fragile, une couronne ou un appareil. Et comme pour toute matière végétale, une réaction allergique est possible.

Rien de tout cela ne relève d'un avis médical, que nous ne sommes pas en position de donner. En cas de doute, ou de traitement en cours, la question se pose à un professionnel de santé.

Questions fréquentes

Peut-on avaler l'oliban après l'avoir mâché ?

L'usage traditionnel est de recracher le noyau de résine. Il n'est pas digestible et n'apporte rien une fois avalé.

Quel goût cela a-t-il ?

Amer et citronné à l'attaque, plus poivré ensuite. Le goût est nettement moins doux que l'odeur de la fumée, ce qui déroute la plupart des gens la première fois.

Combien de temps une larme se mâche-t-elle ?

La partie gomme se dissout en cinq à dix minutes. Le noyau de résine reste souple indéfiniment et se garde en bouche aussi longtemps qu'on le souhaite.

L'oliban à mâcher blanchit-il les dents ?

Aucune étude ne le montre. Les travaux disponibles portent sur la flore bactérienne buccale, pas sur la couleur de l'émail.

Peut-on mâcher n'importe quelle résine d'encens ?

Non. La myrrhe, le benjoin, le copal et les mélanges parfumés ne sont pas destinés à cet usage. Seul l'oliban, propre et non traité, est traditionnellement mâché.

Quelle différence avec les gélules de boswellia ?

Les gélules contiennent des extraits standardisés, le plus souvent de Boswellia serrata, concentrés en acides boswelliques. Mâcher une larme de Boswellia sacra n'a ni le même dosage ni le même objet.