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Benjoin de Sumatra : la résine qui arrondit l'encens

Le benjoin est la résine la plus douce de la table d'encens. Là où l'oliban monte clair et où la myrrhe donne du fond, le benjoin arrondit : vanille, baume, une pointe de cannelle. Il vient des forêts hautes du nord de Sumatra, où des familles batak entaillent des arbres depuis des générations, et il entre dans presque tous les encens composés du monde, de l'église orthodoxe au bakhour du Golfe. Voici ce qu'est le benjoin de Sumatra, comment on le récolte, ce qui le distingue du benjoin de Siam, et comment le brûler.

Ce qu'est le benjoin de Sumatra

Le benjoin est une résine balsamique tirée d'arbres du genre Styrax. Le benjoin de Sumatra vient de deux espèces, Styrax benzoin et Styrax paralleloneurum, cultivées dans les hautes terres du nord de l'île. Ce ne sont pas des arbres sauvages : on parle de jardins de benjoin, des parcelles de forêt entretenues où les Styrax dominent, mêlés à d'autres essences.

La résine sort en larmes blanches qui jaunissent puis brunissent en séchant. Ce qu'on achète, ce sont des morceaux irréguliers où des larmes crème restent prises dans une masse plus sombre, brun-rouge, et parfois des fragments d'écorce. Sous l'ongle, le benjoin est cassant à froid et ramollit vite à la chaleur des doigts. Il sent déjà sans qu'on le brûle : doux, vanillé, balsamique, presque sucré, avec quelque chose de plus âpre en dessous que le Siam n'a pas.

Une récolte à six mètres du sol

La production se concentre dans deux districts du nord de Sumatra, Dairi et Tapanuli Nord, sur les hauteurs du lac Toba, où vit le peuple batak. En langue batak la résine s'appelle haminjon, en malais kemenyan. Une étude de l'IRD et du CIFOR publiée sur cette filière décrit le geste : le récolteur grimpe à quatre ou six mètres, nettoie l'écorce des mousses avec un grattoir, le guris, puis ouvre l'écorce avec un couteau à manche en forme de marteau, l'agat panuktuk, qui soulève l'écorce sans la couper. Une dizaine de plaies par étage, une trentaine par arbre. La saison va de mai à août, et la résine se récolte trois à quatre mois après l'entaille.

Un arbre entre en production vers huit ans et donne de deux cents grammes à un kilo par an, pendant une soixantaine d'années. La première coulée, la plus claire, est la plus recherchée ; la deuxième et la troisième, plus brunes, donnent les grades courants. C'est un travail d'hommes, dur et risqué, dit l'étude, à cause de la hauteur. La production officielle tourne autour de cinq mille tonnes par an, dont un millier exporté, très majoritairement vers Singapour d'où elle repart vers l'Inde, le Golfe et l'Europe. Dans les années 1930, les mêmes ports envoyaient déjà deux mille cinq cents tonnes par an vers l'Arabie, l'Égypte et l'Algérie.

Sumatra ou Siam : deux arbres, deux chimies

On confond souvent les deux benjoins. Le benjoin de Siam vient d'un autre arbre, Styrax tonkinensis, qui pousse au Laos et dans le nord du Vietnam. La FAO, dans sa monographie sur les gommes et résines, résume la différence en une ligne de chimie : le Siam est fait d'acide benzoïque et de ses esters, le Sumatra d'acide cinnamique et des siens. Les deux contiennent de la vanilline, la molécule de la vanille, plus sensible dans le Siam.

À l'odeur, le Siam est plus fin, plus vanillé, plus proche du parfum ; il est aussi plus rare et trois à quatre fois plus cher. Le Sumatra est plus balsamique, un peu cannelle, plus rustique, et c'est celui qui tient le mieux dans un mélange à brûler. Pour un encens composé, c'est le Sumatra qu'on prend ; pour une teinture ou un parfum, plutôt le Siam. Notre benjoin de Sumatra en larmes est celui des encens.

Le benjoin dans les encens du monde

Peu de résines voyagent autant. Le benjoin de Sumatra entre dans l'encens des églises orthodoxes, dans le bakhour de la péninsule Arabique où il se mêle au bois de oud et au sucre, dans les encens japonais et chinois en bâtonnet, et en Inde sous le nom de sambrani, brûlé sur la braise dans les maisons le soir. Partout il joue le même rôle : il fixe et il adoucit. En parfumerie, on l'emploie comme fixateur de fond depuis le dix-neuvième siècle, dissous dans l'alcool ; c'est aussi lui qui donne aux mélanges ambrés leur côté rond.

Comment brûler le benjoin

Le benjoin ramollit dès trente degrés et brûle dès qu'on le chauffe fort : sur une flamme, il devient âcre en quelques secondes. Sur nos brûle-encens à bougie, un petit morceau posé sur la grille, bougie chauffe-plat dessous, fond lentement en une goutte brune et fume doux pendant vingt minutes. Dans une coupelle avec un fond d'eau, la fumée est encore plus ronde. Un morceau de la taille d'un petit pois suffit ; le benjoin est puissant et, en excès, il écœure.

Il laisse sur la grille un résidu brun et collant qu'on retire à chaud avec un chiffon, avant qu'il durcisse. Conserver le sachet au sec et au frais : au-dessus de vingt-cinq degrés les morceaux se collent entre eux, ce qui ne les abîme pas mais les rend pénibles à séparer.

Le benjoin dans une pastille d'oliban

C'est là que le benjoin nous intéresse le plus. Dans nos pastilles d'encens à l'oliban, il est la troisième matière : l'oliban donne la clarté, la myrrhe le fond, le benjoin la douceur. Sa part reste petite, un dixième à un cinquième du mélange : au-delà, il masque l'oliban et la pastille sent la pâtisserie. Moulu au congélateur puis au mortier comme les autres résines, il se lie à la gomme arabique de Mauritanie sans difficulté. Une pastille à deux tiers d'oliban, un quart de myrrhe et une pincée de benjoin est un bon point de départ.

Ce que le benjoin n'est pas

La teinture de benjoin a une longue histoire en pharmacie, comme antiseptique et protecteur de la peau, et la médecine traditionnelle d'Asie du Sud-Est l'emploie en inhalation. Ces usages ne sont pas l'objet de notre résine, que nous vendons pour la fumigation. Nous ne lui prêtons aucun effet sur la santé. Le benjoin en larmes ne s'avale pas.

Questions fréquentes sur le benjoin

Le benjoin est-il un encens ?

C'est une résine à brûler, donc un encens au sens large. Il se brûle seul ou, plus souvent, en mélange avec l'oliban et la myrrhe.

Quelle différence entre benjoin de Sumatra et benjoin de Siam ?

Deux arbres et deux chimies : acide cinnamique pour Sumatra, acide benzoïque pour Siam. Le Sumatra est plus balsamique et rustique, le Siam plus fin et plus cher. Pour brûler, prendre le Sumatra.

Pourquoi mes morceaux de benjoin se collent-ils ?

Parce qu'il fait chaud. Le benjoin ramollit à partir d'une trentaine de degrés. Un passage au réfrigérateur les rend cassants et faciles à séparer.

Le benjoin sent-il la vanille ?

Oui, à cause de la vanilline qu'il contient naturellement, plus nette dans le Siam. Le Sumatra y ajoute une note de cannelle et de baume.

Combien de benjoin dans un mélange ?

Un dixième à un cinquième, jamais plus. C'est une matière qui arrondit, pas une matière qui porte.