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Encens et qualité de l'air intérieur : ce que disent les études

Résine d'oliban dans le brûle-encens Noir Ancien en marbre fossilisé, encens et air intérieur | Real & Roots

Nous vendons de l'encens. La question de ce qu'il laisse dans l'air d'une pièce nous concerne donc plus que quiconque, et elle mérite mieux qu'une phrase rassurante en bas de fiche produit. Nous avons lu les études disponibles, françaises et internationales. Elles disent des choses précises, parfois inconfortables, et elles laissent aussi des zones d'ombre qu'il faut nommer.

Ce que l'on mesure quand l'encens brûle

Tout ce qui brûle émet. Le bois d'une cheminée, la cire d'une bougie, la pâte d'un bâtonnet : dès qu'une matière organique se consume, elle libère des particules fines et des composés volatils. L'encens n'échappe pas à cette règle, et c'est ce que les études s'attachent à mesurer.

La plus complète en France est le projet EBENE, publié en 2017 par l'ADEME et mené par le CSTB, le LCE et l'INERIS. Les chercheurs y ont fait brûler neuf bâtonnets d'encens en conditions contrôlées. Pendant la combustion, ils ont mesuré du benzène entre 10 et 199 microgrammes par mètre cube, du formaldéhyde entre 10,6 et 47, et des particules très fines, de 80 à 190 nanomètres de diamètre. Le rapport conclut que la combustion d'encens est une source significative de benzène dans les logements.

Le même rapport distingue pourtant les usages. Pour un usage courant, il ne relève aucune situation préoccupante en exposition chronique. C'est l'usage intensif, répété, dans une pièce peu aérée, qui fait dépasser les valeurs de référence, surtout pour le benzène et les particules. Sur une heure, au plus près de la combustion, les seuils de court terme peuvent aussi être franchis pour l'acroléine, un composé irritant pour les yeux et les voies respiratoires.

En Belgique, l'association de consommateurs Test-Achats a publié en 2020 un test de bâtonnets et de cônes vendus en ligne et en magasin. Tous émettaient du benzène, du formaldéhyde, de l'acroléine, du monoxyde de carbone et des particules fines. L'association a jugé l'écart avec une cigarette fumée à l'intérieur très faible, et demandé le retrait de huit produits.

Ce que disent les études de long terme

Mesurer l'air pendant une heure ne dit pas ce qui arrive après des années. Pour cela, il faut suivre des personnes dans le temps. Une étude publiée en 2008 dans la revue Cancer a suivi 61 320 adultes de Singapour, âgés de 45 à 74 ans, pendant une dizaine d'années. L'usage quotidien et prolongé d'encens à la maison, souvent pendant plusieurs décennies, y est associé à un risque plus élevé de carcinomes épidermoïdes des voies respiratoires. Les auteurs n'ont en revanche trouvé aucun lien avec le cancer du nasopharynx, ni avec le cancer du poumon pris dans son ensemble. C'est une association statistique et non une preuve de cause, et elle concerne un usage très intensif, celui de foyers où l'encens brûle chaque jour depuis quarante ans.

Les lieux de culte offrent un autre terrain d'observation. En 2004, une équipe de l'université de Maastricht a mesuré l'air d'une basilique de la ville pour l'European Respiratory Journal. Après une cérémonie simulée, avec bougies et encens, les particules inhalables atteignaient environ vingt fois la limite européenne. Les chercheurs pensaient d'abord aux prêtres, aux chorales et au personnel, exposés plusieurs heures par semaine dans des volumes mal ventilés.

Ce que les études ne disent pas

Presque toutes ces mesures portent sur des bâtonnets et des cônes, c'est-à-dire sur des produits où brûlent ensemble une tige, une pâte, un liant et un parfum. La résine brute, posée en petite quantité sur un charbon ou chauffée doucement sans flamme, n'a pratiquement pas été étudiée de la même manière. Nous ne pouvons donc pas affirmer qu'elle serait sans effet sur l'air, et nous ne le ferons pas. L'absence de mesure n'est pas une preuve d'innocuité.

Deux choses sont en revanche établies. La première est que le charbon d'allumage brûle lui aussi, et qu'une combustion produit du monoxyde de carbone : un charbon ne se laisse jamais se consumer dans une pièce fermée ni pendant le sommeil. La seconde est que la résine d'oliban est chimiquement riche. Une revue publiée en 2009 dans le Flavour and Fragrance Journal y recense plus de trois cents composés volatils, dont la proportion varie selon l'espèce et la région. C'est cette richesse qui fait son parfum, et c'est elle aussi qu'on libère en la chauffant.

La recherche s'intéresse d'ailleurs à ce que respire celui qui brûle de l'oliban. En 2008, des chercheurs de l'Université hébraïque de Jérusalem et de l'université Johns Hopkins ont montré dans le FASEB Journal qu'un composé de la résine, l'acétate d'incensole, agit chez la souris sur une protéine du cerveau liée à la perception de la chaleur, avec des effets comparables à ceux d'un anxiolytique. Ce sont des travaux sur l'animal, qui ne permettent rien d'affirmer pour l'homme. Ils rappellent seulement qu'une fumée n'est jamais neutre, dans un sens comme dans l'autre.

Brûler sans enfumer : ce qui change vraiment les choses

Les conclusions des études convergent vers quelques gestes simples, qui ne demandent aucun matériel particulier.

Brûler peu

Un grain de résine de la taille d'un petit pois parfume une pièce pendant une vingtaine de minutes. Trois grains n'en font pas trois fois plus ; ils saturent l'air. La quantité est le premier réglage, et le plus efficace.

Aérer après, et parfois pendant

Les scénarios du rapport EBENE prévoient dix minutes de fenêtre ouverte après chaque usage. C'est le geste qui fait le plus baisser les concentrations, parce qu'il renouvelle l'air que l'encens a chargé.

Ne pas cumuler

Une bougie parfumée et un encens allumés en même temps additionnent leurs émissions. Le rapport recommande d'éviter de brûler plusieurs produits à la fois.

Préférer la chaleur douce

Sur un diffuseur à bougie, la résine chauffe dans une coupelle sans charbon. Il n'y a pas de support qui se consume avec elle, et la fumée est presque absente. Le parfum est plus discret, plus long aussi.

Protéger les plus fragiles

Le rapport français invite à informer en particulier les femmes enceintes, les jeunes enfants et les personnes asthmatiques. Pour elles, on brûle dans une autre pièce, ou pas du tout.

Respecter le charbon

Sur un lit de sable, dans une pièce aérée, jamais pour la nuit, et toujours éteint avant de quitter la pièce. Nous détaillons l'allumage et l'extinction dans notre guide du charbon à encens, et les gestes du soir dans ce rituel en cinq minutes.

Pendant des siècles, on a brûlé l'oliban dans des espaces hauts, ouverts au vent, sous des toits de branchages ou dans des cours à ciel ouvert. Nos appartements fermés, chauffés, isolés, sont une invention récente. L'encens n'a pas changé ; ce sont nos pièces qui ont changé. Le savoir, c'est déjà brûler autrement : moins, plus doucement, et la fenêtre ouverte.

Pour choisir une matière dont on connaît la composition, voir aussi encens naturel : comment le choisir.

Questions fréquentes

L'encens est-il dangereux pour la santé ?

Les études mesurent du benzène, du formaldéhyde et des particules fines lors de la combustion de bâtonnets. Selon le rapport français EBENE, un usage courant ne crée pas de situation préoccupante sur le long terme ; c'est l'usage intensif dans une pièce peu aérée qui dépasse les valeurs de référence.

L'encens est-il aussi nocif que la cigarette ?

Un test belge de 2020 a jugé l'écart faible pour des bâtonnets et cônes brûlés en intérieur. La comparaison porte sur les émissions dans la pièce pendant la combustion, pas sur un usage identique : on ne brûle généralement pas d'encens vingt fois par jour.

La résine pollue-t-elle moins que les bâtonnets ?

La résine brute n'a pratiquement pas été mesurée dans les mêmes conditions. On sait qu'elle ne contient ni tige, ni liant, ni parfum ajouté, et qu'elle peut être chauffée sans charbon. Mais aucune étude ne permet d'affirmer qu'elle serait sans effet sur l'air.

Peut-on brûler de l'encens avec un bébé ou une femme enceinte à la maison ?

Le rapport français recommande une information particulière pour les femmes enceintes, les jeunes enfants et les asthmatiques. La prudence consiste à ne pas brûler dans la pièce où ils se trouvent, et à bien aérer.

Combien de temps aérer après avoir brûlé de l'encens ?

Les scénarios de l'étude EBENE retiennent dix minutes de fenêtre ouverte après chaque usage.