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Encens naturel : comment le choisir, et ce qui brûle vraiment

Larmes de résine d'oliban d'Oman en lumière rasante sur un brûle-encens en marbre noir, encens naturel | Real & Roots

Ce qu'on appelle encens recouvre des objets qui n'ont presque rien en commun. Un grain d'oliban est une larme de sève, sortie d'une entaille dans l'écorce d'un arbre du Dhofar, séchée plusieurs semaines au soleil avant d'être ramassée à la main. Un bâtonnet acheté en grande surface est le plus souvent une tige de bambou enrobée d'une pâte de poudre de bois ou de charbon, puis trempée dans une huile parfumée. Les deux brûlent, les deux parfument une pièce. Ce ne sont pas les mêmes choses, et ce n'est pas la même fumée.

Choisir un encens naturel commence donc par une question très simple, qu'on oublie souvent de poser : qu'est-ce qui brûle, exactement ?

Ce que le mot encens recouvre

Le mot vient du latin incensum, ce qui est brûlé. Pendant des siècles, il a désigné d'abord la résine d'oliban, au point que les deux termes se confondaient. Aujourd'hui il couvre au moins quatre familles de matières, qu'il vaut la peine de distinguer.

Les résines brutes

C'est la forme la plus ancienne et la plus simple. L'oliban (Boswellia sacra en Oman), la myrrhe (Commiphora myrrha), le benjoin (Styrax, à Sumatra), le copal en Amérique centrale : chaque fois, il s'agit de la sève d'un arbre, durcie à l'air, sans rien ajouter. On les pose sur un charbon ardent ou on les chauffe doucement sur un diffuseur. Ce qui parfume la pièce, c'est la résine elle-même, ses centaines de molécules volatiles qui se libèrent à la chaleur. Nous avons consacré des pages entières à la résine de myrrhe et au benjoin de Sumatra.

Le bakhour

Le bakhour est une préparation de la péninsule arabique : des copeaux de bois, souvent du oud ou du santal, macérés dans des huiles parfumées, du musc, parfois du sucre ou de la résine, puis séchés. Il se brûle lui aussi sur charbon, et sert autant à parfumer les vêtements et les tissus que l'air d'une pièce. Sa composition varie énormément d'un atelier à l'autre, et c'est elle qu'il faut demander. Tout est expliqué dans notre guide du bakhour.

Les bâtonnets

Sous leur apparence uniforme, les bâtonnets se rangent en trois familles. Les bâtonnets trempés, les plus répandus, sont faits d'une tige de bambou couverte d'une pâte de charbon ou de poudre de bois, puis plongés dans une huile parfumée : la tige et la pâte sont neutres, tout le parfum vient du bain, dont on ignore presque toujours l'origine. Les bâtonnets masala, roulés à la main en Inde, sont faits d'une pâte de poudres de bois, de résines, d'épices et de liants végétaux comme l'halmaddi, une résine d'arbre ; le parfum est pris dans la pâte elle-même. Les encens japonais, enfin, n'ont pas de tige : ce sont des baguettes pleines de poudre de bois et de matières aromatiques, liées par l'écorce broyée d'un arbre, le tabu.

Les cônes sont faits des mêmes pâtes que les bâtonnets, moulées en une forme plus compacte.

Comment lire une étiquette

Une étiquette d'encens dit souvent peu de choses. Ce qu'elle tait est aussi instructif que ce qu'elle dit.

Le premier mot à chercher est le nom de la plante, idéalement avec son nom latin. « Oliban » seul ne suffit pas : Boswellia sacra vient d'Oman et du Yémen, Boswellia carterii et frereana de Somalie, Boswellia papyrifera d'Éthiopie et d'Érythrée, Boswellia serrata d'Inde. Ce sont des arbres différents, qui donnent des odeurs différentes. Un vendeur qui connaît sa matière sait d'où elle vient.

Le deuxième est le mot « parfum », ou « fragrance ». Lorsqu'il apparaît sans autre précision, il désigne une huile parfumée dont on ne connaît ni la composition ni l'origine. Cela ne dit pas que le produit est mauvais. Cela dit qu'on ne sait pas ce qui brûle.

Le troisième est la mention de sécurité. En Europe, lorsqu'un mélange contient certaines substances allergisantes au-delà d'un seuil, son étiquette doit le signaler, par exemple sous la forme « peut produire une réaction allergique ». Une résine brute vendue seule n'est pas un mélange parfumé, et n'a rien à déclarer de cet ordre.

Reconnaître une vraie résine à l'œil et au toucher

Une résine naturelle se présente en larmes irrégulières, jamais parfaitement calibrées. Les grains d'oliban sont souvent couverts d'une fine poussière blanche, née du frottement des larmes les unes contre les autres dans le sac. À contre-jour, un bon oliban d'Oman est laiteux, presque translucide, avec des reflets qui vont du blanc verdâtre au jaune paille selon la qualité. Entre des doigts chauds, il devient légèrement collant. À froid, il sent déjà : quelque chose de citronné, de résineux, de frais.

Les signes qui doivent alerter sont presque toujours les mêmes : une couleur trop vive ou trop uniforme, une odeur de fleur ou de vanille qu'aucune résine ne porte seule, une surface grasse, un prix qui ne correspond à rien. Nous avons détaillé ces signes dans un article dédié : comment reconnaître un vrai oliban.

Résine ou bâtonnet : ce que change la manière de brûler

Un bâtonnet se consume entièrement : la tige, la pâte, le liant et le parfum brûlent ensemble, et c'est cette combustion qui produit l'essentiel de sa fumée. Une résine posée sur un charbon fond, se vaporise, puis brûle en partie ; le charbon, lui, brûle aussi. Chauffée doucement sur un diffuseur à bougie, la même résine libère ses arômes sans qu'aucun support ne se consume avec elle. Le parfum est plus discret, plus rond, et la fumée presque absente.

Ce qui se passe dans l'air de la pièce, selon la façon de brûler, a fait l'objet de plusieurs études. Nous les avons lues, et nous en rendons compte honnêtement dans encens et qualité de l'air intérieur : ce que disent les études.

Choisir selon l'usage

Pour un moment, une pièce, un soir : un seul grain de résine suffit. Un grain d'oliban du Dhofar, de la taille d'un petit pois, tient une vingtaine de minutes sur un charbon. La résine d'oliban jaune donne une odeur claire, citronnée ; l'oliban extra, plus pâle et plus dense, une note plus longue et plus balsamique.

Pour parfumer longtemps un espace ou des textiles, la tradition omanaise passe par le bakhour, que l'on fait brûler sous les vêtements suspendus ou près des rideaux. Pour qui découvre le geste, le matériel tient en peu de choses : un brûle-encens ou une coupelle résistante à la chaleur, un fond de sable, et des charbons dont nous expliquons l'allumage dans notre guide du charbon à encens.

Un encens naturel n'est pas un encens parfait. C'est un encens dont on sait ce qu'il contient, d'où il vient, et ce qui se passe quand on l'allume. Le reste appartient à celui qui le brûle : la pièce choisie, l'heure, la quantité, et la fenêtre qu'on ouvre ensuite.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un encens naturel ?

C'est un encens dont toutes les matières sont identifiables et d'origine végétale ou minérale : une résine brute comme l'oliban ou la myrrhe, ou une préparation dont chaque ingrédient est nommé. Un produit dont le parfum vient d'une « fragrance » non précisée ne peut pas être dit naturel avec certitude.

Les bâtonnets d'encens sont-ils naturels ?

Certains le sont, beaucoup ne le sont pas. La plupart des bâtonnets du commerce sont trempés dans une huile parfumée d'origine inconnue. Les bâtonnets masala et les encens japonais de bonne fabrication utilisent davantage de matières végétales, mais il faut lire la composition.

Comment savoir si un oliban est pur ?

Des larmes irrégulières, une fine poussière blanche, une transparence laiteuse à contre-jour, une odeur citronnée à froid et aucune note florale ou sucrée. Le nom de l'espèce et le pays de récolte doivent être indiqués.

Résine ou bâtonnet, que choisir pour la maison ?

Une résine brute, brûlée en petite quantité ou chauffée sur un diffuseur, permet de savoir exactement ce qui se libère dans l'air. Dans tous les cas, une pièce aérée après usage reste la règle.