Résine de myrrhe : origine, usages et comment la brûler
La myrrhe est une larme qui a fait le tour du monde ancien avant d'arriver dans un sachet. Elle sort d'un arbuste tordu des terres sèches de la Corne de l'Afrique, brun-rouge, amère, et elle brûle depuis au moins trois mille cinq cents ans dans des temples, des tombeaux et des cuisines. Cet article dit ce qu'est la résine de myrrhe, d'où elle vient, ce qu'elle contient, comment on la brûle sans la gâcher, et pourquoi elle a toujours accompagné l'oliban plutôt que de le remplacer.
Ce qu'est la myrrhe
La myrrhe est la gomme-résine du Commiphora myrrha, aussi appelé Commiphora molmol, un petit arbre épineux de la famille des Burséracées, la même que celle du Boswellia qui donne l'oliban. Il pousse sur les sols pierreux de Somalie, d'Éthiopie, d'Érythrée et du sud du Yémen, rarement plus haut que trois ou quatre mètres, l'écorce grise et papyracée, les branches en angles cassés.
Quand l'écorce est entaillée, ou simplement fendue par la chaleur, l'arbre laisse suinter une sève jaune pâle qui s'oxyde à l'air et durcit en quelques semaines. Les larmes récoltées sont irrégulières, mates, brun-rouge à brun sombre, avec parfois des veines plus claires ; elles se cassent net et laissent sur les doigts une poussière ambrée. À la différence de l'oliban, qui sent d'abord le citron et le pin, la myrrhe sent l'amer, le balsamique, une pointe de champignon et de terre. Elle n'est pas faite pour plaire au premier abord ; elle tient.
Ce qu'elle contient, et pourquoi elle sent ainsi
Comme l'oliban, la myrrhe est une oléo-gomme-résine : trois fractions dans une même larme. Une gomme, soluble dans l'eau, qui forme la charpente ; une résine, soluble dans l'alcool ; et une fraction volatile, l'huile essentielle, qui porte l'odeur. Une étude publiée en 2024 dans Natural Products and Bioprospecting détaille cette fraction volatile : elle est dominée par des furanosesquiterpènes, le furanoeudesma-1,3-diène en tête, près de 68 g pour 100 g d'huile essentielle, suivi du curzérène et du lindestrène. Ce sont ces molécules qui donnent à la myrrhe son amertume sèche et sa profondeur, sans rien de la fraîcheur citronnée de l'oliban, dont l'huile est faite de pinènes et de limonène.
Cette différence de chimie explique la différence à la braise. L'oliban, riche en terpènes légers, s'évapore vite et clair. La myrrhe, chargée de molécules plus lourdes, fond lentement, bulle, et libère une fumée plus dense qui dure plus longtemps. C'est aussi pour cela qu'une pastille de myrrhe seule finit âcre : il faut la marier.
Une histoire de trois mille cinq cents ans
La myrrhe est l'une des rares matières dont on possède l'image de la première importation. Sur les murs du temple d'Hatshepsout, à Deir el-Bahari, les reliefs de l'expédition au pays de Pount, vers 1470 avant notre ère, montrent des arbres à encens rapportés en pots, racines enveloppées, pour être replantés dans les jardins du temple. Les Égyptiens la brûlaient, l'employaient dans l'embaumement, et l'incorporaient au kyphi, cet encens composé dont les recettes sont gravées à Edfou.
Plutarque, au premier siècle de notre ère, rapporte que les prêtres égyptiens brûlaient l'oliban au lever du jour, la myrrhe à midi et le kyphi au crépuscule. Le partage des heures dit bien le partage des odeurs : l'un pour l'éveil, l'autre pour le plein jour, quand le soleil est dur et que la fumée doit tenir. Plus tard, la myrrhe figure parmi les trois présents des Mages dans l'Évangile de Matthieu, aux côtés de l'or et de l'encens, et Dioscoride la décrit longuement dans sa Matière médicale. Elle a voyagé par la route de l'encens, de la Corne de l'Afrique et du Hadramaout vers la Méditerranée, sur les mêmes caravanes que l'oliban du Dhofar.
D'où vient la myrrhe aujourd'hui
La production mondiale reste concentrée là où l'arbre pousse : Somalie, en particulier le Puntland et le Somaliland, Éthiopie, Érythrée, et Yémen. Elle est récoltée par des familles de pasteurs et de cueilleurs sur des arbres sauvages, en saison sèche, puis triée par les négociants des villes côtières. Les grades se distinguent par la couleur, la propreté et la taille des larmes : les plus recherchées sont rouges, sans écorce, en grains réguliers. Il existe aussi des myrrhes d'autres Commiphora, plus claires ou plus collantes, vendues parfois sous le même nom ; la vraie myrrhe est celle du Commiphora myrrha, et nous indiquons l'origine du lot sur chaque sachet de notre résine de myrrhe.
Comment brûler la myrrhe
La myrrhe n'aime pas la chaleur vive. Sur une flamme directe, elle brûle et devient âcre en quelques secondes. Sur nos brûle-encens à bougie, un ou deux morceaux posés sur la grille, bougie chauffe-plat dessous, fondent lentement et fument pendant une demi-heure. Dans une coupelle avec un peu d'eau, la chaleur est plus douce encore et la fumée plus ronde.
La règle est de doser petit. Un morceau de la taille d'un pois suffit pour une pièce. La myrrhe laisse un résidu sombre et collant sur la grille : le retirer à chaud, avec un chiffon, avant qu'il ne durcisse.
Myrrhe et oliban, le mélange qui vient de loin
Les deux résines ont toujours été brûlées ensemble parce qu'elles se complètent. L'oliban monte, clair et citronné, et s'éteint vite ; la myrrhe reste, sombre, et donne du fond. Dans nos pastilles d'encens maison, la proportion de départ est simple : deux tiers d'oliban d'Oman, un tiers de myrrhe, liés à la gomme arabique. On peut y ajouter une pincée de benjoin pour arrondir. Au-delà d'un tiers de myrrhe, le mélange devient amer.
Ce mariage n'est pas une invention de notre boutique : c'est celui des temples d'Égypte, des églises d'Orient et des mosquées de la péninsule Arabique, où le bakhour mêle depuis des siècles résines, bois et sucre. Nous ne faisons que le proposer en matières séparées, pour que chacun trouve sa proportion.
Ce que la myrrhe n'est pas
La médecine traditionnelle de la Corne de l'Afrique et du Yémen emploie la myrrhe pour les gencives, les plaies et la toux, et la pharmacopée européenne a longtemps inscrit sa teinture. Ces usages relèvent de la tradition et de la pharmacie ; ils ne sont pas l'objet de notre résine, que nous vendons pour la fumigation. Nous ne lui prêtons aucun effet sur la santé, et la myrrhe en larmes ne se mâche pas ni ne s'avale : pour l'usage oral, seule notre résine d'oliban à mâcher est prévue.
Questions fréquentes sur la résine de myrrhe
Quelle est la différence entre la myrrhe et l'encens ?
« Encens » désigne le plus souvent l'oliban, résine du Boswellia. La myrrhe vient d'un autre arbre, le Commiphora, de la même famille botanique. L'oliban est clair, frais, citronné ; la myrrhe est brun-rouge, amère, balsamique. Les deux se brûlent, souvent ensemble.
Comment reconnaître une bonne myrrhe ?
Des larmes brun-rouge, mates, sans écorce ni sable, qui se cassent net et laissent une poussière ambrée. Une myrrhe trop claire, trop collante ou qui sent le caramel est souvent une autre espèce de Commiphora.
La myrrhe se brûle-t-elle seule ?
Oui, à feu doux, en petite quantité. Mais elle donne le meilleur d'elle-même en mélange, un tiers de myrrhe pour deux tiers d'oliban.
Comment conserver la myrrhe ?
Au sec, dans un bocal fermé, à l'abri de la chaleur. Elle se garde des années ; elle fonce un peu avec le temps sans rien perdre.
D'où vient la myrrhe de Real & Roots ?
De la Corne de l'Afrique. L'origine précise du lot est indiquée sur le sachet, parce qu'elle change d'une récolte à l'autre.
